Le ravitaillement en lait pendant la Grande Guerre
Pendant la Grande Guerre, assurer le ravitaillement des Rémois restés dans la ville constitue un problème quotidien. Le lait est particulièrement précieux, notamment pour les familles ayant de jeunes enfants.
Le 8 avril 1915, Paul Hess rapporte dans Le Courrier de Champagne l’inquiétude provoquée par la disparition du lait depuis quatre jours. Après une première période de pénurie au début de la guerre, la municipalité était pourtant parvenue à organiser assez régulièrement son approvisionnement. Les habitants attendaient alors le passage des laitières ambulantes, reconnaissables à leur sonnette et à leurs petites voitures chargées de bidons.
Les photographies prises en 1917 témoignent de cette vie quotidienne sous les bombardements. Celle du 28 août 1917 montre également les précautions prises par les habitants : des pierres sont disposées devant les soupiraux afin de protéger les caves, devenues des refuges indispensables. Une autre photographie, datée du 20 juillet 1917, montre une marchande de lait poursuivant sa tournée coiffée d’un casque Adrian, image saisissante de l’adaptation de la population civile aux conditions de guerre.
Avant 1914, le commerce du lait était notamment assuré par des maisons spécialisées. Vers 1903, les laitières de la Maison Carmien, installée aux 171-173 rue Lesage, posaient ainsi avec leurs charrettes à bras ou tirées par des chiens et leurs nombreux bidons.
La comparaison permet enfin d’observer une profonde transformation urbaine : l’ancienne rue de l’Échauderie a disparu et l’actuelle place Léon-Bourgeois occupe désormais une partie de l’ancien îlot. La guerre puis la Reconstruction ont ainsi bouleversé non seulement la vie quotidienne des Rémois, mais également le paysage dans lequel elle s’inscrivait.
Dès septembre 1914, la Goutte de lait poursuit également ses distributions destinées aux nourrissons : les mères sont invitées à venir chercher les biberons tôt le matin ou après les bombardements, lorsque les déplacements dans la ville sont moins dangereux.
Le ravitaillement en lait.
Voici ce que Paul Hess relève dans Le Courrier de Champagne du 8 avril 1915 :
« Du lait !
Grand émoi parmi nos ménagères !
Depuis quatre jours, sans avis préalable, le lait a complètement disparu de la consommation. Et pourtant, Dieu sait avec quelle impatience était attendu le passage des laitières ambulantes et combien grande était leur clientèle ! Suppression fort pénible surtout pour les ménages (il y en a encore) ayant de jeunes enfants. Pareille disette s’était fait sentir au début de notre siège (çà bientôt le huitième mois) mais depuis, la municipalité avait pu assurer ce ravitaillement avec une grande régularité.
Espérons que cette défaillance n’est que passagère et que bientôt, prévenus par la sonnette, les ménagères pourront, comme avant, accourir au passage des petites voitures dispensatrices du précieux aliment. »
Collection : Gallica BNF
la rue de l’Échauderie a disparu et la place Léon-Bourgeois a remplacé un pâté de maisons.
Les laitières de la Maison Carmien, située aux 171-173 rue Lesage, avec leurs charrettes à bras ou à chiens chargées de bidons, posent sur ce cliché pris vers 1903. A droite, on aperçoit un château d’eau servant au ravitaillement en eau des locomotives à vapeur.
Source et CPA : « Reims et ses Commerces » de Michel Thibault, éditons Alan Sutton.
Photo, collection : Gallica BNF
Et enfin, cette marchande de lait faisant sa tournée coiffée du casque Adrian, 20 juillet 1917 :
Photos N&B : Gallica.bnf.fr (fond Valois)
Pour en savoir plus sur la vie à Reims pendant la Grande Guerre voir un article de Béatrice Keller sur notre site 14-18





