Dans le cadre de nos recherches sur les architectes de la Reconstruction
Je suis preneuse de toute information concernant Louis Bourquin.
Ci-joint un petit article de tout ce que j’ai pu trouver. Véronique Valette
Récapitulatif de sa carrière professionnelle

Louis Charles Bourquin naît à Reims le 5 janvier 1896. Il est le fils de René Émile Bourquin, représentant de commerce, et de Julie Delphine Apolline Puce. Son parcours, interrompu par la Première Guerre mondiale, est celui d’un homme qui appartient pleinement à cette génération d’architectes formés avant et après le conflit et qui participera à l’architecture et aux arts décoratifs de l’entre-deux-guerres.
De Reims aux Beaux-Arts, en passant par la guerre
Louis Bourquin commence sa formation dans l’atelier préparatoire de l’architecte Louis Cirée. Il est candidat à l’École des Beaux-Arts dès 1914, mais la guerre interrompt naturellement son parcours.
En mai 1916, lorsqu’il demande à nouveau son inscription au concours d’admission, il est sous-lieutenant au 60e régiment d’infanterie. Il est finalement admis à l’École des Beaux-Arts en 1917 et poursuit sa formation dans les ateliers des architectes Henri Deglane et Alphonse Defrasse. Son parcours militaire lui vaut la Croix de guerre 1914-1918 et la Légion d’honneur.
Passé en première classe en 1921, il obtient son diplôme d’architecte le 26 février 1924. Son sujet de diplôme ne pouvait guère être plus champenois : un Institut œnologique en Champagne.
Le 63 rue Cérès et l’imprimerie familiale

La famille Bourquin était déjà étroitement liée à l’histoire économique de Reims. En 1895, Jean-Louis Bron, époux de Marthe Bourquin, avait fondé avec la famille une imprimerie qui devint quelques années plus tard l’imprimerie Bron & Bourquin. Installée au 63 rue Cérès depuis 1901, elle fut détruite pendant la Grande Guerre. Documentation Ra
La mémoire familiale attribue à Louis Bourquin la reconstruction du vaste ensemble : la papeterie ouvrait sur la rue Cérès, tandis que les locaux de l’imprimerie s’étendaient vers les rues Rogier et Jean-Jacques-Rousseau ; le logement de la famille de Pierre Bourquin occupait les étages au-dessus de la papeterie. Cette attribution à Louis Bourquin a d’ailleurs été transmise dans l’histoire publiée de l’entreprise familiale. Documentation Ra
Un point reste cependant à éclaircir. Dominique Potier attribue le permis de construire n°112, déposé en 1921 pour le 63 rue Cérès, à l’architecte Eugène Dourcy. Louis Bourquin, âgé de vingt-cinq ans, était alors encore élève aux Beaux-Arts et ne devait obtenir son diplôme qu’en 1924. Cela n’empêchait nullement qu’il puisse travailler comme architecte, mais le rôle exact de Bourquin et celui de Dourcy dans cette reconstruction restent à déterminer.
Il faudrait pour résoudre cette petite énigme familiale retrouver le dossier original du permis de construire et, si possible, ses plans et signatures.
Architecte et décorateur
La carrière de Louis Bourquin ne se limite pas à la construction d’immeubles. Les documents qui subsistent montrent au contraire un architecte très intéressé par l’aménagement intérieur, le mobilier et les arts décoratifs, travaillant avec des artistes et artisans spécialisés.
Un bel exemple en est fourni vers 1925 par un écran de cheminée en fer forgé conçu avec le ferronnier d’art rémois Marcel Decrion. Son médaillon représente une danseuse dans l’esprit des Ballets russes. Surtout, l’objet porte la signature :
« BOURQUIN Architecte et DECRION Reims ».
Les Ballets russes – Archi Reims Déco
Cette collaboration entre l’architecte et le ferronnier ne sera pas sans lendemain.
Mont-Notre-Dame, son œuvre monumentale
Entre 1929 et 1933, Louis Bourquin participe à l’un de ses plus importants chantiers : la reconstruction de l’ancienne collégiale, devenue église Sainte-Marie-Madeleine de Mont-Notre-Dame, dans l’Aisne.
L’édifice ancien avait été dynamité en août 1918. Le nouveau projet, extrêmement ambitieux, est confié à Louis Bourquin et Georges — ou Germain selon les sources — Grange. La base patrimoniale du ministère de la Culture attribue formellement l’édifice à Bourquin et Grange et donne 1929 comme début de la campagne de reconstruction. Pop Culture
C’est une œuvre monumentale dans laquelle architecture et décoration ont été pensées comme un ensemble. Les plans sont établis par les deux architectes et les travaux exécutés par l’entreprise Coste de Reims. Autour d’eux interviennent notamment Ernest Sédiey pour la sculpture, Marcel Decrion pour les ferronneries et Eugène Chapleau pour les fresques. Sahs Soissons
Bourquin et son confrère dessinent également le mobilier d’architecture en pierre reconstituée. Le ministère de la Culture souligne son caractère massif et son ornementation stylisée, conçus en harmonie avec la monumentalité de l’église. Pop Culture
Le chantier de Mont-Notre-Dame est considéré comme le plus coûteux chantier de reconstruction religieuse du département de l’Aisne. OpenEdition Books
Il constitue sans doute aujourd’hui le témoignage architectural le plus important de l’œuvre de Louis Bourquin.

Avec Jacques Simon : le vitrail et l’Exposition coloniale de 1931
Une autre facette de son activité apparaît en 1931, à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de Paris.
Louis Bourquin intervient pour le bar de l’Association syndicale des grands vins de Touraine, installé dans le pavillon de la Chambre de Commerce de Tours. Pour sa décoration, il fait appel au maître-verrier rémois Jacques Simon.
La correspondance entre les deux hommes est particulièrement intéressante parce qu’elle montre la liberté que Bourquin accordait à l’artiste. Il invite Simon à imaginer pour l’intérieur une composition résolument moderne, sans lui imposer un décor architectural rigide. Jacques Simon réalise ainsi deux grandes frises, Le Champagne. Exportation et Le Champagne. Exportation – Féerie. Reims
Les Musées de Reims conservent aujourd’hui plusieurs de ces œuvres et identifient expressément Louis Charles Bourquin comme décorateur et Jacques Simon comme maître-verrier. Musées de Reims
Certaines de ces verrières eurent ensuite une histoire étonnante : elles furent adaptées pour décorer le Palais Oriental de Reims, ce qui explique les titres orientalisants sous lesquels elles sont également connues aujourd’hui. Musées de Reims
Ces réalisations, comme sa collaboration avec Marcel Decrion, montrent combien Louis Bourquin se situait à la frontière de plusieurs disciplines : architecte, concepteur d’intérieurs et décorateur, travaillant avec les meilleurs artisans pour créer des ensembles cohérents.

Un projet de cathédrale pour Belgrade
Sa carrière ne se cantonne d’ailleurs ni à Reims ni à la Reconstruction.
En 1932, Louis Bourquin expose au Salon des artistes français à Paris un projet pour une cathédrale catholique à Belgrade. Le projet est suffisamment important pour être mentionné dans son dossier biographique de l’École des Beaux-Arts.
Il serait particulièrement intéressant d’en retrouver les dessins, car ce projet intervient immédiatement après le chantier monumental de Mont-Notre-Dame et permettrait de voir comment Louis Bourquin envisageait alors l’architecture religieuse à une tout autre échelle.
De Reims à Paris
Les annuaires professionnels signalent ensuite Louis Bourquin comme architecte à Paris dans le XVIIe arrondissement en 1932, puis dans le XVe arrondissement entre 1935 et 1942.
Il devient membre de la Société des architectes diplômés par le gouvernement (SADG) en 1936 et le demeure jusqu’à sa mort.
Louis Charles Bourquin meurt à Paris le 11 août 1948, à seulement cinquante-deux ans. Les Musées de Reims donnent aujourd’hui cette date précise dans leurs notices consacrées aux œuvres réalisées avec Jacques Simon. Musées de Reims
Une famille toujours liée aux lettres et aux arts
Louis Bourquin avait épousé Marcelle Girardot, musicienne et professeur de piano. Leur fille Marie-Hélène Bourquin, née à Reims en 1925, poursuivit dans un tout autre domaine une vie intellectuelle particulièrement riche.
Journaliste et historienne, elle consacra notamment un important travail universitaire à l’approvisionnement de Paris en bois de chauffage sous l’Ancien Régime. Elle épousa plus tard l’écrivain Albert Simonin.
Cette histoire appartient cependant à une autre branche du récit familial.
Un architecte encore à redécouvrir
La carrière de Louis Bourquin reste aujourd’hui étonnamment peu connue. Pourtant, les quelques œuvres que l’on peut lui attribuer avec certitude dessinent déjà une personnalité originale.
Combattant de la Grande Guerre puis élève des Beaux-Arts, il appartient à la génération de la Reconstruction. Mais son activité dépasse rapidement ce cadre. Architecture monumentale à Mont-Notre-Dame, arts décoratifs avec Marcel Decrion, création de décors avec Jacques Simon, participation à l’Exposition coloniale de 1931, projet de cathédrale pour Belgrade : son parcours témoigne d’une conception très large du métier d’architecte.
À Reims, le 63 rue Cérès conserve en outre une dimension particulière. Au-delà de la question encore ouverte de l’attribution administrative du permis de construire, l’histoire familiale a conservé le souvenir de Louis Bourquin participant à la reconstruction de l’imprimerie de son oncle Pierre. Cette mémoire mérite d’être conservée — tout en poursuivant la recherche du document qui permettra peut-être un jour de préciser exactement son rôle.
