Le Palais du Tau
Le Palais du Tau : un musée archéologique qui n’a pas eu le temps d’exister
En 1907, le Palais du Tau est classé au titre des monuments historiques et un ambitieux projet muséal commence à prendre forme.
Il ne s’agit plus seulement d’exposer quelques vestiges dans la chapelle basse : le projet prévoit de faire du palais un véritable ensemble consacré à l’histoire de Reims et de la Champagne.
Plusieurs musées doivent y cohabiter : un musée ethnographique de la Champagne dans les étages supérieurs, un musée consacré au sacre dans les anciens appartements royaux et un musée archéologique.
Sous l’impulsion notamment du docteur Octave Guelliot, médecin, érudit et archéologue rémois, les premières collections commencent à être installées.
Une salle spécialement aménagée pour les mosaïques
Le projet prend suffisamment d’ampleur pour que des travaux soient entrepris afin de présenter les grandes découvertes archéologiques rémoises.
Une salle d’exposition destinée aux mosaïques est notamment aménagée dans l’actuelle cour administrative du Palais du Tau.
Reims possède alors un patrimoine archéologique gallo-romain considérable. Depuis le XIXe siècle, les travaux réalisés dans la ville ont mis au jour mosaïques, sculptures, inscriptions, sarcophages et nombreux objets provenant de l’antique Durocortorum.
Le futur musée devait permettre de rassembler et de présenter ces vestiges dans un lieu digne de leur importance.
Mais il n’en aura pas le temps.
1914 : le projet disparaît dans l’incendie
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en août 1914, l’aménagement du musée n’est pas achevé.
Le 19 septembre 1914, l’incendie de la cathédrale se propage au Palais du Tau. Le bâtiment est ravagé par les flammes. Les toitures et une grande partie des aménagements intérieurs disparaissent.
Le projet de musée archéologique est brutalement interrompu.
Après la guerre, les priorités sont ailleurs. Le Palais du Tau sert notamment d’atelier à Henri Deneux, architecte chargé de la restauration de la cathédrale. Pierres, sculptures et éléments déposés du monument y sont conservés pendant les travaux.
La reconstruction du palais lui-même ne commence véritablement que dans les années 1950 et se poursuit jusqu’en 1972.
Un musée renaît, mais sous une autre forme
Lorsque le Palais du Tau ouvre finalement comme musée en 1972, sa vocation a changé.
Il devient avant tout le musée de la cathédrale et des sacres. Les grandes sculptures originales déposées de Notre-Dame, les tapisseries, les objets du trésor de la cathédrale, les ornements et les souvenirs liés aux cérémonies royales constituent désormais le cœur de ses collections.
L’archéologie rémoise, elle, trouve progressivement sa place dans un autre monument : l’ancienne abbaye Saint-Remi, devenue musée Saint-Remi. C’est aujourd’hui là que sont présentées les collections retraçant l’histoire de Reims depuis la Préhistoire et surtout l’époque gallo-romaine jusqu’au Moyen Âge.
Ainsi, le Palais du Tau aura connu deux histoires archéologiques successives : un premier musée réellement installé dans sa chapelle basse entre 1865 et 1896, puis, au début du XXe siècle, un projet beaucoup plus ambitieux que la Première Guerre mondiale empêcha d’aboutir.
Un musée archéologique rémois qui n’aura effectivement pas eu le temps d’exister.

