Émile Maigrot (1880-1961)
En quelques mots
Émile Maigrot est un architecte d’origine rémoise dont le nom reste indissociable des Halles du Boulingrin, l’une des réalisations majeures de la Reconstruction de Reims.
Son œuvre se caractérise notamment par son intérêt pour les bâtiments publics et fonctionnels et par son utilisation des techniques modernes de construction. À Reims, la collaboration avec l’ingénieur Eugène Freyssinet donnera naissance à l’une des architectures en béton armé les plus audacieuses de l’entre-deux-guerres.
Repères biographiques
Né à Reims en 1880, Émile Maigrot mène une carrière largement consacrée aux équipements publics. Dès ses débuts, il s’intéresse particulièrement aux programmes techniques : abattoirs, marchés, écoles et bâtiments municipaux.
Avant la Grande Guerre, il remporte notamment les concours des abattoirs d’Orchies en 1908 et d’Istanbul en 1911. Après la Grande Guerre, il participe à la reconstruction de plusieurs communes de la Marne, notamment Taissy, Sillery et Dontrien, où il réalise en 1925 l’ensemble mairie-école-poste.
Il est également très actif dans les organisations professionnelles liées à l’architecture et au bâtiment. Sa carrière se poursuit bien au-delà de la Reconstruction ; il travaille encore à la fin des années 1950 et meurt en 1961.
La Reconstruction à Reims
Maigrot dépose plusieurs permis de construire à Reims durant les années 1920. Potier relève notamment ses interventions rue de Vesle, rue Gambetta, rue Dieu-Lumière, rue de la Renfermerie et place Drouet-d’Erlon.
8 rue de la Renfermerie
En 1925, Émile Maigrot construit une maison au 8 rue de la Renfermerie, dans une rue dont l’alignement est profondément modifié lors de la Reconstruction. L’édifice adopte un vocabulaire Art déco plus discret que celui de ses grands équipements publics. La maison a depuis été transformée et surélevée, mais reste un intéressant témoignage de l’activité de Maigrot dans l’architecture privée rémoise.
Sur ReimsAvant
La maison du 8 rue de la Renfermerie.
Il participe aussi à la vie de la ville reconstruite : en 1926, avec l’architecte Jacques Rapin, il organise le défilé « Reims Magnifique », célébrant le retour du 100 000e habitant à Reims.
Les Halles du Boulingrin
En 1923, la Ville de Reims lance un concours pour la construction de nouvelles halles centrales. Parmi 34 candidats, le jury retient le projet d’Émile Maigrot le 5 mai 1923.
Son projet prévoit une construction entièrement en béton armé. Pour le gros œuvre, la Ville choisit l’entreprise Limousin et son ingénieur Eugène Freyssinet, déjà réputé pour sa maîtrise de ce matériau. La collaboration entre l’architecte et l’ingénieur conduit Maigrot à remanier profondément son projet initial.
Construites entre 1927 et 1929, les Halles prennent la forme d’un vaste vaisseau couvert par une voûte parabolique en béton armé d’une remarquable finesse. L’édifice atteint environ 109 mètres de longueur et près de 20 mètres de hauteur.
Les Halles sont inaugurées le 26 octobre 1929. Leur architecture associe les recherches techniques les plus modernes à certains éléments décoratifs caractéristiques de l’époque Art déco.
Fermées en 1988 et menacées de disparition, elles sont finalement protégées au titre des Monuments historiques, puis restaurées avant de rouvrir au public en 2012.
Une œuvre emblématique
Le Boulingrin occupe une place particulière dans la carrière de Maigrot. Potier rappelle que le projet, présenté au Salon des artistes en 1930, est alors salué comme une réalisation majeure et contribue à classer son architecte parmi les représentants de la modernité de l’entre-deux-guerres.
Cette modernité tient peut-être moins à la recherche d’un style qu’à son intérêt constant pour les solutions constructives nouvelles : le Boulingrin en constitue certainement l’exemple le plus spectaculaire.
