Ernest Kalas (1861-1928)
En quelques mots
Ernest Kalas est une personnalité singulière de l’architecture rémoise. Architecte et décorateur, mais également historien passionné de sa ville, il participe activement aux réflexions sur la Reconstruction et à la sauvegarde du patrimoine après la Grande Guerre.
Auteur dès 1916 de projets pour le devenir de Reims, il défend après-guerre une reconstruction respectueuse de l’histoire de la ville. En 1920, il dessine sa propre maison au 23 rue Gambetta, l’une des premières habitations particulières reconstruites dans le centre dévasté.
Repères biographiques
Ernest Kalas naît à Reims le 10 février 1861. Après avoir fréquenté le lycée de Reims, il entre comme apprenti chez l’architecte Alphonse Gosset.
Il poursuit sa formation à Paris à partir de 1880 et est admis en 1882 à l’École des Beaux-Arts, où il suit notamment l’enseignement de Julien Guadet pour l’architecture et de Pierre-Victor Galland pour la peinture décorative. Cette double formation d’architecte et de décorateur marquera toute sa carrière.
Avant la Grande Guerre, Kalas réalise notamment, avec Armand Bègue, les celliers de la maison Jules Mumm, et travaille également à des décors, aménagements intérieurs et monuments funéraires. Entre 1907 et 1913, il collabore avec Édouard Redont à l’aménagement du parc Pommery, futur Parc de Champagne.
Penser la Reconstruction
La place de Kalas dans la Reconstruction dépasse largement le nombre de bâtiments qu’il réalise.
Dès 1916, alors que la guerre n’est pas terminée, il dessine une série de plans dans lesquels il envisage une évolution profonde du tissu urbain rémois.
De retour à Reims en 1919, il devient jusqu’en 1924 inspecteur des Fouilles et Recherches historiques, au sein du service des Monuments historiques dirigé par Henri Deneux. Il participe à la Commission d’examen des monuments commémoratifs en 1921 puis préside la Commission des démolitions en 1922.
Il intervient ainsi directement dans les débats concernant ce qu’il convient de conserver, de restaurer ou de transformer dans une ville profondément détruite. Il s’oppose notamment aux projets de reconstruction trop radicaux et défend le maintien de l’identité historique de Reims.
Sa maison du 23 rue Gambetta
En 1920, Ernest Kalas dessine sa propre maison au 23 rue Gambetta.
Édifiée alors que le quartier est encore largement en ruines, elle compte parmi les toutes premières habitations particulières reconstruites dans le centre de Reims. Ses volumes simples et son décor annoncent déjà certaines tendances de l’architecture de l’entre-deux-guerres et de l’Art déco.
La carte postale d’octobre 1920 est particulièrement évocatrice : la maison nouvellement construite apparaît presque isolée au milieu des destructions de la Grande Guerre.
Ernest Kalas y demeure jusqu’à sa mort, le 9 décembre 1928.
Sur ReimsAvant
La maison d’Ernest Kalas, rue Gambetta
L’Union rémoise des Arts décoratifs
En 1922, Ernest Kalas fonde avec le peintre Paul Bocquet et le décorateur Abel Jamas l’Union rémoise des Arts décoratifs (URAD).
L’association réunit rapidement architectes, artistes, décorateurs, industriels et artisans. Elle entend à la fois relancer les métiers d’art, accompagner la Reconstruction et promouvoir une création moderne à Reims.
Dès 1922, l’URAD organise un premier Salon régional d’arts modernes et lance également un concours de façades destiné à stimuler la qualité architecturale des constructions nouvelles. Elle devient ainsi l’un des principaux vecteurs de diffusion de l’esthétique Art déco à Reims.
La mémoire du vieux Reims
L’action de Kalas en faveur du patrimoine est cependant bien antérieure à la guerre.
En 1909, il participe avec Hugues Krafft à la fondation de la Société des Amis du Vieux Reims, dont il est conservateur des collections jusqu’en 1920.
Architecte mais également dessinateur et historien, il réalise notamment une série de douze plans consacrés à l’évolution historique de Reims, aujourd’hui conservés au musée-hôtel Le Vergeur. Président de l’Académie nationale de Reims en 1913 puis en 1923, il multiplie également conférences et publications consacrées à l’histoire et au patrimoine de la ville.
Cette connaissance intime du Reims ancien explique en grande partie son attitude après 1918 : pour Kalas, reconstruire la ville ne signifie pas effacer ce qui la précédait.
